POÈMES FRANÇAIS

SOMMAIRE

Sur cette page vous pouvez lire les poèmes suivants:

Ernest Pecovec: Notre maison

L.-A. Bourguin: L'épi stérile et le tonneau vide

De Stassart: Le dromadaire et le singe

André van Hasselt: Le ruisseau dans la montagne

Édouard Plouvier: Le fuseau de la grand'mère

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NOTRE MAISON

Mais entre donc, je t 'en prie.
Comme le cœur de ma maîtresse,
ma porte est toujours ouverte.

Si tu viens comme un ami,
tu seras bien accueilli.
Si, étranger, tu as froid,
notre ami tu deviendras.
La chaleur de mon foyer
est douce et sait réchauffer.

Rôdeur, reprends ton chemin.
Si tu es curieux, ne dis rien.
Si mon décor est courant,
te parait indifférent,
et si tu me dévisages,
mes travailleurs encourage.
Riche, considère moi.
Pauvre, ne jalouse pas.

Mais déjà, j'ai mes secrets,
et connais joies et regrets.
J'ai vu naître un beau bébé,
un cher parent nous quitter.
En moi règne le respect,
le grand amour et la paix.

Que le charme de ma maîtresse,
enchanté, repartir te laisse.
Mais entre donc, je t’en prie...

Ernest PECOVEC (*1936 - )

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L'ÉPI STÉRILE ET LE TONNEAU VIDE

" Lorsque tous ces épis, qu'on coupera bientôt,
Inclinent leurs fronts vers la terre,
D'où vient que celui-ci s'élève encore si haut?
- C'est qu'il n'a pas de grain dans sa tête légère.

Ce tonneau qu'au pressoir le vigneron conduit,
En le poussant d'un pied rapide,
Pourquoi donc fait-il tant de bruit?
Mon bon ami, c'est qù'il est vide."

L.-A. Bourguin

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LE DROMADAIRE ET LE SINGE

" Si tu voulais. mon ami, mon compère,
Me souffrir un peu sur ton dos, "
Disait un jeune singe à certain dromadaire,
Qui partageait sa gloire ainsi que ses travaux.

" Ce serait charge bien légère,
Et j'arriverais plus dispos. "
Le dromadaire a l'âme bonne:
Il s'y prête sans hésiter,
Et maître Bertrand se cramponne
Si bien de çà, de là, qu'il parvient à monter.

Ensuite que fait-il? Vraiment on le devine!
Dominé par son mauvais cœur,
Sans cesse, il déchire, il lutine
Son trop généreux bienfaiteur

Celui-ci ne dit mot, mais enfin il se lasse,
Et de l'ingrat se débarrasse.
De la tête, à l'instant, l'odieux sapajou
S'en va donner contre un caillou,
Et le caillou la lui fracasse.

Hommes, n'imitez pas Bertrand!...
Si vous foulez aux pieds toute reconnaissance,
Un semblable sort vous attend:
L'ingratitude enfin lasse la bienfaisance.

De Stassart (*1780 - †1854)

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LE RUISSEAU DANS LA MONTAGNE

Un aveugle marchait à travers la montagne,
d'une main son bâton, dans l'autre un chapelet,
appuyé sur les bras d'un enfant, il allait;
et dans l'horizon bleu s'effaçait la campagne.

Des rochers et toujours des rochers autour d'eux,
de grands blocs de granit à la morne attitude,
des gorges, des ravins: sinistre solitude
où le daim seul se fraye un chemin hasardeux.

Or, les deux voyageurs (on était en automne)
atteignent un ruisseau, peu large et fort bruyant.
" Pourquoi nous arrêter ici?" dit en riant
le vieillard à son fils qui s'arrête et s'étonne.

"Ce fleuve n'est-il pas le Danube ou le Rhin ?"
dit l'enfant "on croirait qu'il bouillone et qu'il fume
il roule dans ses flots d'énormes blocs d'écume
et de son onde, il sort un bruit de chars d'airain."

" Comment passerons-nous ce fleuve-là mon père ?"
- "Ne crains rien," lui répond l'aveugle, "car au fond,
cela fait trop de bruit pour être bien profond,
et nous traverserons ton fleuve je l'espère."

Et soulevant l'enfant dans ses bras vigoureux,
en trois pas, le vieillard franchit l'onde écumante
qui, dans son lit en vain s'agite et se tourmente
et s'épuise en efforts stériles et fiévreux.

Puis il répond: "Mon fils, dans le monde où nous sommes,
l'apparence souvent nous trompe et nous confond.
Par leur dehors sournois et par le bruit qu'ils font,
gardons-nous de juger, les ruisseaux et les hommes.

André van Hasselt (*1806 à Maastricht †1874 ?)

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LE FUSEAU DE LA GRAND'MERE

Ah! le bon temps qui s'écoulait
Dans le moulin de mon Grand-Père
Pour la veillée, on s'assemblait
Près du fauteuil de ma grand'mère.

Ce que Grand-Père racontait
Comme en silence on l'écoutait
Et comme alors gaîment trottait
Le vieux fuseau de ma grand'mère!
Comme il trottait!
Et quel bon temps! quel temps c'était!

Grand-père était un vieux bonhomme,
Il avait bien près de cent ans;
Tout était vieux sous son vieux chaume,
Hors les enfants de ses enfants.
Vieux vins dans de vieilles armoires,
Vieille amitié, douce toujours!
Vieilles chansons, vieilles histoires,
Vieux souvenirs des anciens jours!

Grand'mère était la gaîté mème :
On la trouvait toujours riant;
Depuis le jour de son baptème,
Elle riait en s'éveillant.
De sa maison, riant asile,
Elle était l'âme; aussi, depuis
Que son fuseau reste immobile,
On ne rit plus dans le pays.

Le vieux moulin de mon Grand-Père
Tout comme lui s'est abattu;
Le vieux fuseau de ma grand'mère
A la muraille est suspendu.
Et vous, couchés sous l'herbe épaisse,
Comme au vieux temps encore unis,
Je crois vous voir quand le jour baisse,
Et tout en larmes je redis:

Ah! le bon temps qui s'écoulait
Dans le moulin de mon Grand-Père!
Pour la veillée, on s'assemblait
Près du fauteuil de ma grand'mère.
Ce que Grand-Père racontait
Comme en silence on l'écoutait!
Et comme alors gaîment trottait
le vieux fuseau de ma grand'mère!
Comme il trottait!
Et quel bon temps! quel temps c'était!

Édouard Plouvier (*1821 - †1876)

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